Rock & Roll Lifestyle

par Ariel Wizman

Moi qui ai vu le crachat d’un fan atterrir
dans la bouche de Joe Strummer lors d’un
concert des Clash à Londres en 80, je peux
vous dire que le foie n’est pas toujours à
la fête lorsque l’on a décidé de vénérer les
New York Dolls plutôt que le bureau politique
de l’UMP.

Pourquoi, donc, choisirait-on un tel mode de
vie, dans une époque ou le hip-hop nous propose
de faire fortune en criant “Put your Handz up !”
et où la minimale nous suggère d’habiter dans
des cubes et de nous nourrir d’apéricubes ? Le
look, je crois.

Avoir un bas de pantalon effiloché, une chaussure
trop pointue soulignée par un strabisme
des genoux, ou même une paire de lunettes
d’aveugle vintage rafistolée avec un trombone,
peut servir à scorer du côté de la gent féminine.
Qui - les études scientifiques le prouvent - a
toujours du mal à s’habituer à ne pas être Kate
Moss (Etude du Wyoming Sex Machine University).
Pas de doute, le look est le seul moyen
de garder l’impact sans prendre les risques. Je me
souviens d’un expert-comptable schizophrène qui
rêvait de devenir roadie des Kills. Il s’en était
ouvert à moi lors d’un audit avant faillite et je
lui avais donné une liste de boutiques spécialisées.
Quelques jours plus tard, il s’affichait,
coupe Beatles et short AC/DC, avec un sosie
de Nina Hagen, faisait même semblant de vomir
un peu partout, mais conservait la plénitude
de ses compétences et un salaire qui lui donnait
accès au Jockey-Club. Soyons raisonnables,
ne faisons pas comme les Grecs, qui, après
avoir cru à une foutue mythologie, puis à Melina
Mercouri, ont balancé corps et biens dans
une comptabilité rock’n’roll, avec les résultats
qu’on connaît.

Habillez-vous rock’n’roll, mais pas comme
vos parents, cette génération perdue qui vous
a précipités dans la crise.